Pour rompre avec la monotonie du bureau où je n’ai encore pas vraiment de boulot à faire et pour essayer de mieux m’imprégner du fonctionnement de la société cotonnière  j’ai décidé de commencer à partir en brousse pour visiter des marchés coton.  Le 19 décembre dernier donc, je pars avec Salia et Arthur pour une traversée Nord - Sud du Koulpelogo.

Le Koulpelogo est l’une des provinces de la région administrative du Centre-Est. Elle se situe au Sud-Est de Fada N’Gourma et s’étend jusqu’aux frontières du Ghana  et du Togo. C’est une région plate, parcourue par de nombreux cours d’eau dont la plupart se tarissent en saison sèche.  Le nom de la province vient de la plus importante de ces rivières. Les populations moorés la nomment Koulpelogo tandis que les gourmantché la désignent sous le nom de Kompienga. Dans les deux langues, ce nom signifie ‘rivière blanche’, ce qui est sans doute une allusion aux alluvions que ses eaux charrient pendant la saison des pluies.  

Nous avons rendez-vous avec un conseiller coton à Comin-Yenga pour visiter des villages dans les départements de Ouargaye et de Comin-yanga. Nous empruntons donc la piste qui va de Fada à Ouargaye. Nous démarrons à sept heures. Il est déconseillé de parti plus tôt car l’insécurité est grande dans cette zone. Les coupeurs de route sont nombreux et ils opèrent surtout le soir et au petit matin. Bon, il est de notoriété publique qu’ils se postent pour attendre des cibles bien définies. Ils savent qu’elles transportent de grosses sommes d’argent parce qu’elles sont suivies depuis la banque ou le lieu de la transaction commerciale. Nous ne sommes donc pas des cibles potentielles mais le risque est d’être pris dans leur filet par hasard.

Le trajet commence par un court tronçon goudronné à la sortie de la ville. Il dessert la résidence du Chef de l’Etat quand il est en déplacement sur Fada NGourma. Mais très vite nous retrouvons une piste en latérite. Elle n’est pas en mauvais état et nous avançons vite au sein d’une savane arbustive peu dense. Les affleurements de grès gris sombre sont nombreux. La pression humaine est forte et il n’y a que peu d’arbres. Quelques kapokiers qui commencent à fleurir émergent d’une savane essentiellement constituée d’arbustes épineux. En fait la savane fait souvent place à des paysages modelés par les pratiques agricoles. Le parc arboré est alors plus dense car les villageois ne coupent pas les nérés et les karités dont ils cueillent les fruits.

Première tournée dans le Koulpelogo.Première tournée dans le Koulpelogo.
Première tournée dans le Koulpelogo.Première tournée dans le Koulpelogo.

Nous traversons des petits villages. L’habitat est constitué de cases construites en briques de banco, un mélange d’argile et de paille. Elles sont rondes avec un toit de paille ou rectangulaire et couverte de tôles ondulées. Des murs de terre relient les cases entre elles et délimitent ainsi une concession fermée. Des femmes sont en train de battre ce qui me semble être des tiges de sésame. Les greniers sont pleins d’épis de sorgho.

Première tournée dans le Koulpelogo.
Première tournée dans le Koulpelogo.

Nous croisons un premier semi-remorque chargé de coton et nous nous arrêtons pour le laisser passer.  Deux enfants qui menaient pâturer un maigre troupeaux de zébus nous dévisagent avec curiosité. J’en profite pour prendre des photos du petit village et de la mosquée noyée dans les arbres.

Première tournée dans le Koulpelogo.
Première tournée dans le Koulpelogo.Première tournée dans le Koulpelogo.
Première tournée dans le Koulpelogo.

Il nous faut une heure pour atteindre Comin Yenga où nous retrouvons Roger, le Conseiller Coton.  En fait il nous attend sur le bord de la piste quelques kilomètres avant. Il nous emmène visiter un premier marché de coton. Il doit y avoir près de 200 tonnes de coton rassemblées là. Le coton est beau et plutôt bien trié. Des planteurs s’activent à peser, à remplir des bâches d’achat et à charger un autre camion. Mais de cela je vous parlerai plus en détail dans un autre article.

Comin Yenga est le chef-lieu du département mais ce n’est qu’un gros village. La présence de l’administration booste sans doute un peu l’activité économique de la place. Le marché à l’air actif. On peut voir plusieurs maquis et il y a même, parait-il, un dancing c’est vous dire !!!! Peu après, la piste longe une mare au bord de laquelle des crocodiles sacrés se prélassent.  Nous nous arrêtons pour les regarder. Des cochons fouillent le sol humide juste à côté peu conscients du danger.

Première tournée dans le Koulpelogo.
Première tournée dans le Koulpelogo.
Première tournée dans le Koulpelogo.

Nous allons encore visiter trois autres marchés de coton et un aussi un magasin dans lequel sont stocké une dizaine de sac de soja. Le magasin a été construit par le groupement des planteurs de coton. A notre arrivée, la véranda est occupée par un petit groupe de femmes en discussion avec une animatrice d’un projet de santé soutenu par la Coopération Allemande. Ce jour-là, il s’agissait d’une sensibilisation à la construction de latrines dans les concessions.

Première tournée dans le Koulpelogo.
Première tournée dans le Koulpelogo.

Ce village est éclaté. Les concessions sont dispersées au milieu d’un paysage agricole très sec. Les arbres sont rares. Des neems ombragent les cours et les palmiers roniers se remarquent facilement dans les champs qui sont vides en cette période de l’année. Il ne subsiste que quelques résidus de culture : tiges de sorgho ou de maïs et quelques graminées. Par contre, avouez, que le baobab à la sortie du village méritait bien la photo ; ou bien, c’est comment ?

Première tournée dans le Koulpelogo.

A 11 h 30, nous déposons Roger à Ouargaye : un gros bourg au milieu de la brousse. C’est quand même le chef-lieu de la province !! A partir de là nous partons seuls.  Ni Salia, ni Arthur et encore moins moi, nous ne connaissons ce trajet.

Au début, pas de souci car nous roulons sur la RN 17. Cette piste est peu fréquentée mais elle part plein sud vers la frontière avec le Togo. Nous traversons de jolis paysages de savane relativement dense, visiblement plus arrosée par les pluies. Le tracé de la vielle piste de l’époque coloniale est encore visible car il est marqué par les caïlcédrats plantés par les chefs de cantons et autres administrateurs.

 

Première tournée dans le Koulpelogo.
Première tournée dans le Koulpelogo.

C’est au village de Soucoubi que nous pénétrons vraiment en ‘terra incognita’. L’un de mes objectifs était justement de reconnaître ce tronçon qui passe au Sud de la retenue du barrage de Kompienga et qui permet de relier ces villages à notre usine d’égrenage en longeant la frontière. On m’a tellement rabâché les oreilles avec cette piste depuis mon arrivée. C’est une route officielle mais il ne doit y avoir que les camions qui transportent le coton qui l’empruntent et la SOCOMA doit chaque année financer des travaux pour aménager les points les plus difficiles pour les camions.  C’est aussi l’occasion de voir de beaux champs de coton, bien développés et en cours de récolte.

 

Première tournée dans le Koulpelogo.
Première tournée dans le Koulpelogo.

Deux collines de grès avec des gros blocs en équilibre instables surgissent du voile de poussière qui enveloppe tout le Burkina depuis une semaine. C’est le signe que nous approchons de Kompienga et de sa chaine de collines. Nous croisons d’ailleurs deux des camions poly-bennes de la société en partance pour charger du coton sur les marchés d’achat. A chaque fois nous nous arrêterons pour saluer les chauffeurs qui sont surpris et contents de nous rencontrer dans un tel endroit.  

A 13 h 30, nous retrouvons enfin le goudron de la route nationale juste avant le poste frontière.  Finalement cette piste dans le sud du Koulpelogo n’est pas si terrible à faire.

 

On file sur Pama pour déjeuner aux ‘jardins du maire de Pama’. J’arrive à faire assoir Salia à notre table. C’est un petit exploit car le respect des hiérarchies est très marqué au Burkina  et chauffeurs et agents de terrain ne mangent pas avec les chefs sauf en des occasions bien particulières et très protocolaires !!!  Il est tard et nous avalons rapidement la macédoine de légume et le plat de capitaine que le chef d’usine a heureusement commandé à l’avance pour nous. On le retrouve quelques instants plus tard sur le site de l’usine d’égrenage. Elle est correctement alimentée et des camions sont en attente de déchargement devant la porte. Mais nous portons la poisse à Jérôme et les machines s’arrêtent juste à notre entrée dans le bâtiment ! Panne du programme des automates. On le ne verra plus vraiment car pendant tout le temps de de notre visite il est au téléphone avec Paris pour se dépanner. Et nous ne pouvons pas vraiment attendre. La journée est déjà bien avancée et il faut arriver à Fada avant la tombée de la nuit … toujours pour éviter les fameux coupeurs de route. Nous repartons donc pour Fada à 16 heures 30…. Mais par la route goudronnée et directe cette fois ci. Il ne nous faudra pas plus d’une heure et demie pour rejoindre la capitale du Gourma.

 

En guise de conclusion, je vous laisse admirer le chargement de ce minibus. Et ce n’est pas, de loin, le plus impressionnant ce que j’ai pu croiser sur les routes ici.

On voit souvent des chèvres et des cochons perchés  sur le toit au milieu des bagages des passagers, des poules attachées à la galerie pendent souvent sur les côtés du véhicule.  Il y a toujours des motos et des bicyclettes car les passagers emmènent avec eux  de quoi se déplacer à l’arrivée. Et par-dessus tout cela, l’apprenti allongé sur le bord du toit, une main vaguement agrippée à une barre et prêt à sauter au bas du véhicule pour ouvrir la porte aux passagers à chaque arrêt. Le pire ce sont les bus qui font la contrebande de carburant avec le Togo. Ils transportent des volumes importants dans des bidons et des futs mal arrimés sur le toit et ils roulent vite pour éviter les contrôles. ‘M’en fout la mort’ !!! D’ailleurs, il n’y a pas un mois, l’un d’eux a quitté la route et il s’est immédiatement embrasé. Plusieurs passagers sont hélas morts.

Première tournée dans le Koulpelogo.
Tag(s) : #la Brousse du Gourma, #Burkina Faso

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