Le 26 décembre, Abdoul, l’homme à tout faire de l’Agence Tourisme de Ouagadougou, est venu nous chercher Pierre et moi pour faire une petite virée en pays Senoufo et visiter Bobo-Dioulasso. Philippe lui reste au bureau mais il avait sûrement peur que nous nous ennuyions pendant ce temps.

Nous quittons le Princesse Yenenga à 7h pour monter dans la Toyota LandCruiser. On avait la même à Madagascar. Abdoul est d’agréable compagnie, il est prudent au volant et a toujours des histoires truculentes à raconter. Il me fait penser à Omar Sy et on était tous pliés de rire en nous remémorant des scènes du film « intouchables »

Le pays Senoufo

Direction Bobo via Boromo. La route est bonne, bordée de savane arbustive. Tout est sec, peu de feuilles sur les arbres, les baobabs sont remarquables. Nous nous arrêtons régulièrement pour nous acquitter des différentes taxes aux postes de contrôle. Là des camelots essaient de placer, les paquets  d’arachides, de noix de cajou, les gâteaux au sésame, les pommes d’Afrique du Sud, les cartes téléphoniques…. Joyeuses bousculades des vendeurs qui foulent aux pieds les sacs plastiques qui jonchent le sol dès qu’il y a quelques habitants.

Le pays Senoufo
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Nous faisons une première halte à Ouahabou pour visiter une mosquée de banco (briques de terre et paille) construite en 1850 par le marabout musulman Mamadou Karantao. C’est un de ses arrières petits-fils qui nous fait visiter. Tous les trois ans le crépi est refait. Les bois qui hérissent l’édifice servent d’échafaudage lors de l’entretien du banco. Les œufs d’autruche protègent la mosquée. L’un d’eux est cassé, signe de mauvais présage.

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Nous nous déchaussons pour entrer. Dans la cour des réserves d’eau pour les ablutions. A l’intérieur tout est sombre. Au plafond, à intervalles réguliers des orifices sont ouverts permettant la circulation d’air et le passage d’un peu de lumière. Les arches délimitent les allées de prière où sont déroulés les tapis. Au fond, une petite marche, la place de l’imam lors de son prêche.

Nous empruntons un escalier à hautes marches pour aller sur le toit, c’est là qu’on intervient pour les réparations en cas de besoin. On peut remarquer des panneaux solaires et les systèmes d’aération ouverts. Il est à noter que les femmes prient à l’extérieur de la mosquée sous un préau attenant à celle-ci.

 

Nous reprenons la route jusqu’à Bobo-Dioulasso où nous nous arrêtons aux Trois Karités pour déjeuner. Dans la cour à l’ombre des arbres une serveuse nous propose du fonio, du riz sauce arachide et du foutou banane sauce viande. En fait c’est exactement ce que nous espérions manger en venant au Burkina. Le riz sauce on en a mangé dans toute l’Afrique de l’ouest, le fonio on en gardait un bon souvenir de Guinée Bissau et le foutou irrésistible de Côte d’Ivoire. On a tout eu en un seul repas et nous n’avons jamais retrouvé les deux derniers plats lors de notre séjour. On s’est bien rempli le ventre !!!! Abdoul s’est désaltéré en buvant une boisson à base de farine de petit mil. L’eau n’étant pas filtrée, Pierre et moi nous sommes abstenus d’y goûter…

Le pays SenoufoLe pays Senoufo
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Direction Banfora… cette fois il nous faut faire avec les inconvénients de la Colas qui refait la route jusqu’à Sindou en pays Sénoufo. C’est un festival de camions et d’engins dans un nuage de poussière.

Mais bientôt nous arrivons dans un périmètre irrigué de 5000 ha de canne à sucre. Là aussi c’est une noria de camions. Tous les stades de culture de la canne sont sous nos yeux. Les champs sont irrigués comme les champs de maïs chez nous en France. Impressionnant. Pour diminuer la poussière, la société répand de la mélasse sur les pistes. On en profite pour goûter la canne bien juteuse et sucrée.

Au bord de la route on peut découvrir des petits champs de bissap bien rouge, c’est la saison de la récolte.

 

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Arrêt aux dômes en grès sculptés par les intempéries de Fabédougou ; c’est là que l’eau est canalisée pour le village du même nom et les périmètres irrigués. En haut des dômes aux sommets en forme de coupoles, s’offre une vue panoramique des champs de canne à sucre.

 

 

Le pays Senoufo
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Le long de l’ancienne route de magnifiques enfilades de caïlcédrats plantés lors de la colonisation, donnent leur ombre bienvenue ; surtout quand on a une roue à changer !!! Première crevaison. En dix minutes Abdoul met la roue de secours !

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Le temps passe nous devons être avant la tombée de la nuit au lac de Tengréla où nous avons rendez-vous avec les hippopotames. Nous montons sur une petite barque, le burkinabé qui la dirige rame comme un forcené pour rattraper deux grandes embarcations  chargées d’une dizaine de touristes chacune.

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Le soleil tombe doucement et finalement nous parvenons à apercevoir les oreilles et naseaux d’un hippo quand il remonte pour prendre de l’air. Je n’ai franchement pas vu grand-chose. A notre retour sur la berge nous avons pu entendre d’autres de ses  congénères qui attendaient notre départ pour se baigner tranquillement.

Direction Banfora pour passer la nuit à l’hôtel « la canne à sucre ». Ce  n’est pas le grand confort dans les chambres mais la nuit a été calme et le restaurant est très bien. Il y a toute une gamme de rhum arrangé et un planteur coco maison délicieux.

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Le 27 décembre, lever matinal pour une ballade aux Pics de Sindou. A quarante kilomètres de Banfora, nous sommes au cœur du pays Sénoufo et notre guide est nostalgique et regrette que les jeunes abandonnent petit à petit les coutumes animistes.

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Les rochers en grès s’élèvent dans le ciel en fines colonnes sculptées par le vent. Ce site permettait aux habitants de la région de s’y réfugier lors d’incursions ennemies. On y pratique toujours les rites initiatiques des jeunes hommes. Les Sénoufos du Mali et de Côte d’Ivoire vénèrent aussi cet endroit.

On a pu se promener tranquillement, les autres touristes étant arrivés après nous et attendant notre guide.

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Sur la route du retour vers Banfora nouvelle crevaison. Là on en profite pour goûter au vin de palme frais. C’est un peu pétillant et pas mauvais du tout.

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Il fait chaud et nous partons pique-niquer aux cascades de Karfiguéla. C’est la rivière Comoé qui se transforme en cascade sur les pierres plates de la région de Tengréla.

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En arrivant nous  pénétrons sous la voûte gigantesque d’immenses manguiers qui ne risquent pas de manquer d’eau en cet endroit. Les fruits doivent faire le bonheur des singes et des chauves-souris…. Trop haut pour les hommes !

 

Abdoul qui avait fait les achats nous découpe une succulente pastèque. Il prépare les sandwichs : haricots verts du Burkina, thon au naturel avec une vinaigrette. Heureusement nous sommes à l’abri du soleil. On se régale, et oui, faut pas grand-chose parfois.

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Cette fois nous prenons la direction de Bobo-Dioulasso. Ville baptisée ainsi en 1904 qui signifie « maison des Bobo et des Dioula » les deux ethnies fondatrices.

Nous visitons la vieille ville avec un guide. Les maisons en banco se serrent au bord des ruelles au sommet de la colline. Il n’est pas aisé de faire des photos dans le dédale des ruelles habitées.

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Les eaux usées se déversent d’un côté ou de l’autre dans des marigots bien pollués. Dans l’un d’eux les énormes carpes sacrées que l’on n’a pas le droit de pêcher. Nous visitons différents quartiers, celui des musulmans dont la première maison (sur la photo) date du XIe siècle. Le quartier des forgerons, celui des tisserands…

On n’échappe pas à la vente des batiks et des masques. Ceux-ci sont très importants au Burkina et il y a beaucoup de fêtes où l’on fait « sortir » les masques. Lors de certaines cérémonies seuls les initiés sont habilités à voir les masques et les personnes qui les portent. Les burkinabés font souvent appel aux fétiches pour résoudre leurs problèmes il faut alors faire de plus ou moins gros sacrifices : ça va de l’eau de mil au zébu, en passant par la poule et la chèvre.

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Nous avons pu suivre la fabrication du dolo. Boisson peu alcoolisée qui fait toutefois des ravages dans la population. Le dolo est à base de mil rouge.

Celui-ci est lavé (photo 1) et mis à germer sous des bâches. Les graines germées sont alors séchées, pilées et mises à tremper dans de grands fûts d’eau (Photo 2 : la poudre blanche se sont les graines germées pilées, les deux bassines des graines germées séchées non pilées). On y ajoute une solution de trempage de fibres de baobab (photo 3). Le tout est versé dans des grands récipients de terre sous lesquels on fait un feu durant trois jours (photo 4).  L’eau évaporée est remplacée par de l’eau fraiche les deux premiers jours. Le troisième jour, la cuisson continue tranquillement. Le lendemain on filtre le breuvage qui est mis à refroidir.

A la bonne vôtre, on n’y a pas goûté. Les amateurs avait les yeux rouges et mauvaise mine…

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Dernière visite avant de partir, celle de la vieille mosquée en banco du vieux quartier. Toujours de style soudanais, elle rappelle les mosquées du Mali avec les pieux de bois sur les minarets.

Elle a été construite en 1890. Contrairement à celle de Ouahabou, celle-ci est désormais réparée avec un enduit de ciment. Elle est moins jolie.

 

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Dodo à Bobo à l’hôtel des deux palmiers. Dîner au St Germain où on nous a servi des coquillettes avec du bœuf bourguignon. C’était vraiment se moquer de nous, même la mousse au chocolat ne valait pas grand-chose. Un plat local aurait été bien meilleur !

 

Le 28 décembre nous faisons les dernières visites à Bobo : musée de la musique, espace Sénoufo. Très riche mais les photos sont interdites. Beaucoup de percussions dont certains tam-tams n’étaient utilisés que lors de sacrifices humains ; d’impressionnants balafons  dont on se demande comment les musiciens pouvaient les porter ; les coras avec différentes sortes de caisses de résonnance… et bien d’autres instruments dont je ne connais plus le nom ! C’était très intéressant.

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A 10 h nous reprenons la route pour la capitale via Dédougou, Kédougou. Cette fois c’est du goudron tout du long et très peu de circulation. Nous nous arrêtons à Dédougou pour déjeuner au « Prestige II ».

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Nous arrivons à l’hôtel Princesse Yenenga à Ouagadougou en début de soirée.

On a fait pas mal de kilomètres, on a vu de jolis sites et rencontré du monde. On a bien discuté et bien ri avec Abdoul qui a pris soin de nous. Il a le projet de créer sa petite entreprise dans le tourisme et je lui souhaite de le mener à bien.

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Tag(s) : #Banfora, #Bobo Dioulasso, #Burkina Faso

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