Je profite d'une visite au centre de fermentation de Toliasso, organisée à l'occasion de la venue en Côte d'Ivoire de nos partenaires pour le projet de cacao durable pour découvrir l'ensemble de nos centres au Sud Est de la Côte d'Ivoire. Nous partons donc en convoi le 10 septembre au matin en direction d'Aboisso. Je poste une carte (issue du site GeoAtlas) pour aider ceux qui ne maitrisent pas la géographie de la Côte d'Ioire à s'y retrouver. (trajet en bleu)

Premières tournées auprès des planteurs en pays agni

En début d'après midi, la délégation rentre sur Abidjan. Je reste sur place avec Mathieu, le VIE qui travalle avec moi. C'est lui qui supervise le volet agronomique du projet et notamment les parcelles de démonstrations pour diffuser les bonnes pratiques comme la taille, l'élimination des cabosses et des branches malades, l'utilisation d'engrais et de compost. Il va être mon poisson pilote pour cette phase de découverte de nos actions sur le terrain et des dix-sept centres de fermentation répartis dans tout le sud de la Côte d'Ivoire.
Je commence donc par celui de Toliasso où je peux toucher visualiser le process de préparation des fèves de cacao après la récolte. Un centre est constitué d'un ensemble de caisses de fermentation, comme sur les photos qui suivent, de séchoirs solaires, d'un séchoir avec un brûleur bois/fuel et de magasins. Mais je reviendrai sur le process de préparation des fèves dans un autre article.

Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni

Après avoir visité le centre de fermentation, le jardin clonal et discuter avec les représentants des planteurs, nous revenons sur Aboisso, où nous sommes accueillis pars Sébastien et Delphine, que nous avions connus, Marie-Claire et moi, jeunes volontaires à Mahajanga. Le monde est petit.

 

Le lendemain matin, le sifflement de la turbine de l’hélicoptère accompagne notre petit déjeuner. Il décolle du terrain de foot tout proche pour aller traiter les plantations de bananes environnantes. Ils en sont toujours à un traitement tous les cinq jours !!  On part Nord-Est en direction d’Akresy et Apoisso pour visiter deux centres de fermentation. Après un tronçon de route bitumée avec de nombreux nids de poule, nous roulons sur une piste très cassante. J’ai perdu l’habitude et la conduite du chauffeur me donne mal au cœur.

Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni

Le paysage est vallonné. La forêt ivoirienne a été mise à mal par les plantations et il n’en reste plus que des lambeaux.  Par contre mis à part quelques plants de manioc, de tarots et de plantain, on ne voit pas de cultures vivrières. C’est très surprenant pour moi. Les paysans sont par ici des planteurs et ils achètent leurs vivres avec les revenus des plantations : palmiers, cacaoyers, caféiers mais surtout hévéas.  

C’est la culture qui a le vent en poupe. Le prix d'achat du 'fonds de tasse' (le latex coagulé au fond de la coupelle qui recueille la sève) est intéressant: 285 CFA par kilo et  comme l’hévéa est saigné  tous les jours, le planteur a un revenu tous les mois. Un vrai salaire !!!!

Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni

A l’autre bout, il y a le café qui est en perte de vitesse. On le trouve encore souvent en association avec le cacao mais les planteurs les abattent progressivement. Les caféiers.  sur la photo sont de vieux arbres et on voit bien, à l'arrière plan, les jeunes plants d’hévéa qui prendront bientôt leur place. La Côte d'Ivoire qui a été le cinquième producteur mondial de café a dégringolé à la seixième place, me semble-t-il

Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni

Les villages traversés sont de gros bourgs  à l’image de Bianouan. Vous noterez, le policier posté à l’entrée du village et interpelle tous les motocyclistes qui passent.

Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni

C’est dans ce village que je m’entretien avec le président de la coopérative qui alimente les deux centres de fermentation. Il m’accueille chaleureusement et il est plutôt sympathique mais c’est sans doute un sacré roublard.

 A la sortie du village, on traverse la Bia, une des grosses rivières qui se jettent dans la Comoé.

Il est près de midi lorsque nous atteignons Songan. La frontière avec le Ghana est toute proche.  Après avoir discuté avec le personnel du centre, nous déjeunons d'un sandwich au poulet acheté  le matin à Aboisso. Ce sera notre quotidien pendant toute la durée de la mission.

Puis nous partons, sur d'étroites pistes de brousse en mauvais état vers les plantations. Les parcelles ne sont pas vraiment grandes, un à deux hectares. En moyenne un planteur ivoirien exploite cinq hectares de cacao. Assez souvent, il a laissé en place des arbres pour abriter les cacaoiers sous un couvert foerstier peu dense.

Nous inspectons les parcelles de démonstration, Il s'agit de petites parties parcelles de cacao mises à notre disposition par des planteurs et sur lesquelles nous mettons en oeuvre les techniques de rénovation, ou de rajeunissement de la plantation. Après une taille sévère des vieux arbres ne laissant en place qu'une branche 'tire sève', nous greffons du matériel prélevé sur d'autres arbres sélectionnées sur d'autres plantations pour leur production abondante et le goût de leurs fèves. Comme vous pouvez le voir sur cette photo présentant un sujet gréffé il y a moins de deux ans, la technique marche bien. Nous avons malheureusement du suspendre cette action en raison des risques de propagation d'une maladie virale qui s'étend de plus en plus en Côte d'Ivoire et au Ghana.

Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni

C'est l'occasion de vous poster les photos de mes premières cabosses et de fleurs de cacao. Les fleurs sont petites et apparaissent à même le tronc ou les grosses branches des cacaoiers. Il faudra environ six mois pour que la fleur devienne une cabosse à maturité. Et de nombreuses fleurs de donneront rien du tout.

Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni

Retour sur Aboisso. En chemin nous nous arrêtons sur le centre de fermentation d'Apoisso. Le temps de rencontrer l'équipe en place et de visiter des parcelles de démonstration et l'après midi est déjà bien avancée lorsque nous reprenons la route.

Des fétiches, gardent une plantation. Aux dires du chauffeur, ces fétiches n’ont pas de réels pouvoirs si ce n’est celui de susciter la peur chez les visiteurs indélicats

Premières tournées auprès des planteurs en pays agni

La nuit nous surpend en cours de route. Ce n'est pas très prudent mais nous sommes bien obligés de poursuivre notre voyage. Comble de malchance, nous crevons à quelques kilomètres d’Aboisso, .Il nous faudra du temps et l’appui d’un mécano du village voisin pour démonter deux des écrous de roues. En plus la roue de secours ne se monte pas bien. Impossible de serrer correctement les écrous. Du coup nous parcourons les derniers kilomètres au ralenti alors que Sébastien et Delphine nous attendent pour nous faire découvrir 'LE' restaurant d' Aboisso.

 

Programme similaire le lendemain, avec la visite d'un dernier centre de fermentation, perdu tout près de la frontière avec le Ghana, au bout de pistes défoncées et boueuses. Les deux photos suivantes vous donnent un petit aperçu de l'état des pistes dans cette région. Tous nos centres de fermentation se ressemblent peu ou prou. je ne vais donc pas reposter des photos de celui là à l'exception de ce beau fromager, vestige de la forêt d'antan et qui se dresse devant le centre.

Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni

Il est temps de revenir sur Abidjan. En chemin, Mathieu fait le plein de fruits à Samo : le carrefour avec la route qui mène à Assinie. Les week-ends, de nombreux abidjanais passent par ici et un marché s’est développé là. On y trouve, des tomates, des aubergines amères, des piments, du gombo, des avocats, des oranges et des ananas, des bananes plantain et de l’attiéké. Sur les bas côtés de la route, des vendeurs proposent aussi des pastèques. Nous atteignons la capitale suffisamment tôt pour éviter les embouteillages à l’entrée de la ville du côté de l’aéroport mais, hélas, par ceux du pont Houphouët où nous serons bloqué pendant près d’une heure  !!!

Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni

On remet ça le mardi suivant. Je repars avec Mathieu, le VIE, pour visiter deux autres centres, toujours dans l’est du pays. Cette fois ci près d’Abengourou (trajet en rouge sur la carte précédente). La route qui mène à Abengourou est bitumée. Elle est pleine de trou mais reste cependant roulante.  Elle traverse des paysages plus agricoles avec des rizières dans les bas-fonds, des parcelles de manioc amer et des restes de champs de maïs et les inévitables bananes plantain. Les arbres forestiers sont plus présents eux aussi. Di'ailleurs, les forestiers sont là eux aussi et on croise de nombreux grumiers chargés d'impressionantes billes de bois à l'instar de celui-ci. Malgré les constats alarmants, on coupe toujours la forêt ivoirienne.

Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni

Nous arrivons rapidement au premier centre de fermentation près du village d'Akoupé. Il y a dune certaine incompréhension entre la coopérative, ses membres et nos équipes. Du coup, très peu de planteurs livrent du cacao frais au centre qui est quasiment à l'arrêt. Je ne fais pas durer la visite du centre. Je préfère accompagner deux producteurs sur leurs plantations. Cela me donne l'occasion de marcher un peu d'une plantation à une autre. Passage boisé agréable et colones de grosses fourmis noires que tout le monde évite soigneusement.

 

Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni

Discussion avec l'un des producteurs dans le campements de ses abou-sans. Les Abou-sans sont les personnes à qui le planteur confie une parcelle et sur laquelle il va effectuer les travaux d'entretien et de récolte. Il reçoit un tiers de la récolte mais il se paie aussi en prélevan, à l'insu du propriétaire jusqu'à 30% des cabosses récoltées. On est plus proche du statut de métayer que de celui d'ouvrier agricole.

Le planteur se lamente car les pluies n'ont pas été très abondantes dans cette zone, et il n'y a pas beaucoup de cabosses sur les arbres. Il se plaint aussi de sa coopérative, réclame des paires de bottes pour ses ouvriers, parle des dépenses à faire pour la rentrée scolaire et voudrait bien que le prix du cacao augmente....car il voudrait bien, lui aussi rouler en BMW (sic) !!!!. 

La plantation de sn collègue est en piteux état car elle est atteinte par le Swollen Shoot, un virus qui provoque la mort progressive des arbres. Il est transmis par les cochenilles. Pas de traitement disponible. Il faut rapidement abattre les arbres dans un rayon de six mètres autour des sujets malades. Inutile de vous préciser que les planteurs rechignent à couper des arbres tant qu'ils produisent. En plus du virus, on découvre aussi des nids de chenilles comme celui ci.

 

Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni

Après avoir avalé notre sandwich ramené d'Abidjan nous reprenons notre chemin vers Abengourou. La Colas refait la route et nous avons bien failli rester coincés sur une des parties en chantier. Un camion n'arrivait pas à grimper la pente rendue glissante par la pluie (hé oui, la petite saison des pluies a commencé). Heureusement un engin le sort de là.  On arrive à Abengourou sous une violente averse. Nous sommes accueillis par une photo plus grande que nature d'un des héros du foot ivoirien.

Nous logeons à l'hôtel Albatros où Mathieu a ses habitudes. Les chambres sont simples mais elles sont propres et avec le confort de base : salle de bain, clim et même télé. Et il y a du lapin au dîner. En fait je vais vite découvrir que ce plat n'est pas aussi rare que cela.

Le lendemain on décolle à 8h30 après le petit déjeuner classique : du pain, une omelette et une tasse de Nescafé. Pendant une vingtaine de kilomètres nous roulons sur la route qui relie Abidjan à la frontière avec le Ghana. Le bitume est en bon état et j'en profite pour finir ma nuit car j'ai été réveillé à 2 heures du matin par un couple bruyant. Ensuite, nous devrons hélas poursuivre par une vilaine piste de latérite sur laquelle nous croisons ce triporteur qui ramène ses bananes plantain au village.

 

Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni

Nous avons rendez-vous avec un producteur directement sur sa plantation que nous rejoignons par un étroit chemin entre les arbres. Au passage, ce sont des ignames qui grimpent sur des tuteurs de bambous. Hum ... à quand un bon foutou igames !!!!

Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni

Monsieur Amoikon est un planteur modèle. Sa plantation fait plaisir à voir. Elle est bien entretenue. Elle est propre et la canopée est bien refermée. Les arbres sont régulièrement rabattus pour favoriser la fructification sur les branches basses.Les rameaux et les cabosses malades sont enlevés de même que le laurentus, une plante parasite qui finit par tuer l'arbre.

 

Ce tas de cabosses vides c'est l'ancien chantier d'écabossage. Les coques vides pourrissent rapidement et fournissent un bon compost pour les cacaoyers.

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Nous partons ensuite sur le centre de fermentation de Djangobo où nous rencontrons aussi le présiden de la copérative qui livre le cacao frais au centre. Il croit à fond au projet et de fait les fèves affluent au centre qui est débordé. Toutes ses caisses de fermentations et tous ses séchoirs solaires sont pleins. Le séchoir à bois tourne en permanence et le chef de centre a du fermenter des lots sous bâches. quel contraste avec le centre d'hier sur lequel je fais immédiatement transférer une partie du cacao de Djangobo pour soulager les séchoirs.

Le responsable de la coopérative tient absolument à me montrer un pont détruit qui bloque la collecte d'une partie du cacao. En fait, les villageois ont érigé une piste en digue pour traverser un bas-fonds avec trois petits ponts en bois. Celui là : ça passe ...

Premières tournées auprès des planteurs en pays agni

Mais c'est au niveau du deuxième pont que se situe le problème et la voiture ne peut pas aller plus loin car la digue est innondée. J'enlève chaussures et chaussettes pour continuer. L'eau est tiède. Ce n'est pas désagréable. Arrivé au deuxième pont : ... ben oui. Là ça ne passe pas. Les bois ont été emportés par la pluie de la veille. Mais les planteurs sont déçus car je ne m'engage pas du tout à faire les travaux. Pas notre rôle de remplacer les services de l'état.

Premières tournées auprès des planteurs en pays agni

Il ne faut plus traîner. Abidjan est loin et le prgramme n'est pas encore bouclé. Nous nous arrêtons d'abord visiter une autre plantation, tout aussi belle que la précédente.

Puis j'ai un entretien avec le conseil d'administration d'une autre coopérative. La discussion est loin d'être amicale car il y a un conflit de personnes entre les deux coopératives qui livrent au centre : celle ci et celle que j'ai rencontrée sur le centre. Dans ces cas là il ny a rien d'autre à faire que de noter les réclamations des deux parties pour traiter le problème plus tard, à froid !!

Il est plus que temps de repartir. Arrêt rapide à Abengourou à 15 heures où les carpes braisées accompagnées d'attiéké (un plat traditionnel à base de manioc) nous attendent à l'Albatros. Le long de la route, des vendeuses proposent des fruits et des légumes.

Premières tournées auprès des planteurs en pays agni
Premières tournées auprès des planteurs en pays agni

Celui propose une poule. La pauvre bête est balancée bien haut à chaque véhicule qui passe !!!

A Bonoua nous nous arrêtons pour faire de plein. De l'autre côté de la route, des femmes guettent les minibus. Dès que l'un d'eux stoppent, elles se précipitent pour être parmi les premières à proposer leurs produits.

Nous atteindrons Abidjan à la nuit tombée, ce qui est contraire aux consignes de sécurité. Le chauffeur ne dit rien mais il va falloir être plus attentif aux horaires lors des prochaines missions

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