Les éléphants sont Champions d’Afrique

Bon, pour ceux d’entre vous qui ne sont pas des fous du ballon rond et qui ne suivent pas les compétions africaines, la Côte d’Ivoire a remporté la semaine dernière, la Coupe d’Afrique des Nations (la fameuse CAN). Cela faisait 22 ans que les ivoiriens attendaient de pouvoir accrocher une deuxième étoile sur le maillot de leur équipe nationale. Autant vous dire que les victoires en demi-finale le 4 et en finale ce dimanche 8 février ont déclenché la liesse populaire. Les éléphants ont été fêtés comme des héros nationaux à leur retour à Abidjan. D’ailleurs, c’est bien simple ce lundi avait été déclaré férié pour l’occasion.

 

Je ne vais pas revenir sur la compétition en elle-même. Je ne suis pas un fouteux et je ne connais pas grand-chose au football.  Je poste ce court article, juste pour vous faire part de la manière dont j’ai vécu ce qui est devenu un évènement national majeur ici.

 

Par esprit de contrariété (vous me connaissez !!!) et pour taquiner mes collègues, je soutenais ouvertement les étalons burkinabé. Mais bon, jusqu’à la victoire sur l’équipe d’Algérie en quart de finale, mes collègues affichaient leurs scepticisme sur les chances de leur équipe et, à la cantine, je les entendais plus railler les éléphants qu’ils considéraient comme des enfants trop gâtés.

 

Le 4 février j’étais en déplacement dans la région de Divo. Nous étions en train de dîner dans un maquis de la ville pendant le quart de finale qui opposait la Cote d’Ivoire à l’équipe de la RDC. Pas de télé  dans notre maquis. La patronne préfère le calme. Denis, le chauffeur qui m’accompagnait dans cette tournée, s’est éclipsé immédiatement pour aller regarder le match dans un  bar à côté. Mon collègue et moi, nous avons préféré manger au calme d’autant que la télévision n’était pas indispensable pour suivre le match. Il suffisait juste d’écouter les bruits de la ville. Des petits cris hystériques mais qui ne duraient pas indiquaient une belle action des éléphants dans le camp des congolais. Un silence lourd signalait que c’était ces mêmes congolais qui menaient le jeu et qui avaient envahi le territoire des éléphants. Comme vous vous en doutez, les buts ivoiriens sont soulignés par une puissante clameur qui domine tous les quartiers de la ville.  Le score sera de 3 à 1 en faveur des éléphants. Au coup de sifflet final, c’est le délire à Divo. La foule envahit les rues. Des ‘m’en-fout-la-mort’ font le cacou et font ronfler leurs motos sur la rue principale. Des groupes de jeunes et de très jeunes convergent vers la rue des maquis et des bars canailles en vagues successives. Chaque groupe est mené par un leader qui donne le rythme. Sifflets et tambours. Enfin quand je dis tambour … en fait ils tapent avec un bout de bois sur tout ce qui peut faire du bruit et une vielle boite en fer fait bien l’affaire.  On attend un petit moment à la fin de notre repas mais comme l’ambiance ne retombe pas, nous nous décidons à affronter la foule et à rentrer à l’hôtel. Denis roule tout doucement pour se frayer un chemin à travers la foule. Le lendemain, Bienvenu, mon collègue, me racontera que son pick-up a été pris d’assaut par des jeunes qui se sont entassés dessus alors qu’il roulait. Il parait que ceux qui étaient à bord invitaient les piétons à profiter de l’aubaine et mon collègue a vu son pick-up se remplir sans discontinuer avec des enfants accrochés aux ridelles. Ce n’est que lorsqu’ils ont réalisé que la voiture les éloignait par trop du centre névralgique de la fête qu’ils ont fait arrêter la voiture pour descendre et repartir en sens inverse. Bien évidemment il y a eu du bruit  à l’hôtel jusque tard dans la nuit mais bon, cela aurait pu être pire. Gràce à Bienvenu j'ai appris à connaitre les Yaya Touré, Gervinho, Bony Wielfried ... qui seront bientôt des héros !

 

Après ce match, l’ambiance avait changée. Tous les ivoiriens étaient devenus des supporters inconditionnels. Ils priaient tous pour que dans l’autre demi-finale, le Ghana élimine la Guinée Equatoriale. Ils craignaient tous que le pays organisateur use de moyens pas catholiques et de l’argent de son pétrole pour s’arroger la victoire. Il est vrai que la qualification en quart des équatoguinéens est entachée d’irrégularités graves d’arbitrage. Une fois le Ghana qualifié, les ivoiriens ne doutaient plus une seule minute de la victoire, à la régulière des éléphants.

 

La finale a eu lieu le dimanche. J’avais bien prévu de rester à la maison pour éviter les débordements de foule en cas de victoire. Je ne comptais pas vraiment suivre le match, mais à 19 heures j’ai quand même allumé la télé. J’ai alors vite réalisé que le gardien s’était installé sur la terrasse pour suivre le match à travers les grilles. J’ai donc ouvert grilles et baie vitrée et tourné la télé vers lui pour qu’il puisse profiter du match, lui qui était bloqué à la maison par son boulot. Son collègue la rejoint rapidement. Moi j’ai suivi le match d’un œil en mangeant ma ratatouille. Honnêtement, je n’ai pas trouvé le match  enthousiasmant. Les deux équipes semblaient avoir peur de prendre un but en contre et aucune n’a vraiment développé un jeu offensif. Les éléphants ont dominé pendant le premier quart temps mais les ghanéens se sont ressaisis et ce sont eux qui étaient le plus souvent dans les 15 mètres ivoiriens par la suite. 0 à 0 à l’issue du temps réglementaire et toujours 0 à 0 à l’issue des prolongations ! Encore une fois la finale de la Can se jouera aux tirs aux buts. Pour la petite histoire, la seule et dernière victoire des éléphants à la Can a été acquise aux tirs aux buts (10 à 9) contre … le Ghana. Il y avait donc de la revanche  dans l’air. Et, là aussi, ce sont les ghanéens qui ont pris l’avantage puisque les ivoiriens ont raté deux des trois premiers penalties. Inutile de vous préciser qu’à ce moment-là il régnait un silence de mort sur le quartier et qu’Alex et Arsène, les deux gardiens étaient déconfits. Mais les ghanéens ont eux aussi ratés des tirs ce qui a été salué, pas très sportivement par des hourras et des sauts de joies. Les ivoiriens ont refait leur retard et c’est leur gardien de but qui leur a donner la victoire en réussissant le onzième et dernier tir.  Toujours pour la petite histoire, ce gardien n’avait pas vraiment la confiance du sélectionneur et il ne doit sa titularisation qu’à la blessure du gardien en titre !!! Le dernier tir a été une délivrance et Arsène s’est élancé dans la rue en sautant de joie. Il s’est mis à danser  sur le bitume. Des voisines et les autres gardiens étaient déjà dehors à danser eux aussi. Echange de cris avec de grands gestes joyeux à chaque passage de voiture qui répondait par des klaxons, drapeaux  ivoiriens accrochés aux antennes ou brandis à bout de bras.  Des groupes de jeunes passent devant la maison en dansant et chantant au son de tam-tam. Ils se rendent dans les quartiers plus  chauds derrière le vallon. Ici, c’est un quartier résidentiel plutôt calme. Par contre on entend bien la clameur dans la rue des jardins toute proche. Cris, klaxons, pétards, vuvuzela et trompettes de supporters vont résonner toute la nuit.

Photos provenant du site Abidjan.net
Photos provenant du site Abidjan.net

Photos provenant du site Abidjan.net

Le lundi, Abidjan s’est réveillé avec la gueule de bois. Je me doutais bien que ce serait férié mais faute de confirmation officielle, je me suis rendu au bureau en partant à 6 h30  comme d’habitude. Je n’avais jamais encore connu aussi peu de circulation. Je n’ai vu personne dans les bureaux mis à part mon collègue Lona qui est le responsable de l’usine et celle-ci ne s’arrête jamais.  Il est passé me dire bonjour habillé tout en orange, la couleur des éléphants. En ville, ils seront nombreux ceux qui arborent fièrement le maillot orange frappé, maintenant, de deux étoiles. Les autorités estiment qu'il y avait ce lundi, un million de personnes sur le trajet de l'aéroport et au stade pour accueillir les éléphants

Photos provenant du site du 'Parisien'
Photos provenant du site du 'Parisien'

Photos provenant du site du 'Parisien'

Depuis la victoire, l'engouement pour les éléphants est toujours aussi fort 15 jours après. Nombreux sont ceux ou celles qui portent un maillot de l'équipe. Les publicitaires l'ont bien compris et des campagnes d'affichage essaient de récupérer la ferveur populairre à leur profit.

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Tag(s) : #Abidjan

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