Le 2 janvier, l’équipe d’AFAUDEB est ponctuelle. A sept heures, le guide est dans la cour du campement avec Henri qui sera notre chauffeur. Nous sommes donc cinq dans le Toyota Hilux, ce qui n’est pas très confortable !! C’est Inoussa Lompo, rastaman plus connu à Fada sous le surnom de MD, qui nous sert de guide. Ancien rappeur (il a participé à la compilation de Nescafé rap tour en 2003 avec son groupe « zone interdite »), il est lui-même un acteur du secteur touristique avec un campement à Fada  et un autre à Yobiri. Nous allons voyager avec eux pendant les deux prochains jours. Nous partons pour ce que certains appellent la boucle de l’Est qui longe la longue falaise et la frontière avec le Bénin, remonte à Diapaga pour revenir à Fada.

La boucle de l'Est

Nous quittons rapidement la nationale asphaltée et, au niveau de la douane de Niadabou, nous bifurquons vers l’est  sur une mauvaise piste qui traverse des zones de savane arborée dense. Ce sont des réserves des réserves partielles dans lesquelles la chasse est autorisée sous contrôle des concessionnaires privés ou des communautés villageoises. Des éleveurs peulhs guident de grands troupeaux vers le Bénin et ses pâturages encore verts. C’est aussi un débouché important et une partie des zébus que nous croisons ne reviendront pas de ce voyage !!!

La boucle de l'Est

Bientôt, la fameuse falaise apparait. C’est en fait le rebord septentrional d’un relief tabulaire gréseux de 100 km de long sur 10 de large et qui culmine à une centaine de mètres d’altitude. Elle est plus ou moins parallèle  à la frontière avec le Bénin.

La boucle de l'Est
La boucle de l'Est

Premier arrêt dans le village Tambaga. C’est un gros village qui s’est développé au pied de la falaise. Dès les premières pluies, son accès est difficile même avec un 4X4. C’est pourtant la RN 19 !!! Le village est dominé par un groupe rocheux remarquable appelé ‘les demoiselles coiffées’.

La boucle de l'Est

Henri gare la voiture à l’ombre d’un tamarinier devant le ‘jardin du maire’ : espace clôturé avec bâtiments en dur servant de salle de réunion, un puits équipé d’une pompe manuelle et un jardin potager sans doute cultivé par l’association des femmes. Justement, nous rencontrons, à l’entrée du village, le maire que MD connait bien. Il n’est là que de passage pour les fêtes car sinon il réside … à Pama !!! Le village est joli mais quel dommage qu’il soit, comme partout ailleurs au Burkina Faso, souillé par les centaines de sacs plastiques qui jonchent le sol.

A notre arrivée des enfants, curieux, s’approchent bien vite. Ces deux-là sont craquants, non ??

La boucle de l'Est
La boucle de l'Est

Un villageois arrive pour nous guider  dans l’ascension de la falaise. C’est une courte marche qui s’enfonce dans le massif en suivant un éboulis entre les demoiselles coiffées et l’imposant rebord de la falaise.  Des ânes pâturent le peu de paille que le passage du feu a laissé derrière lui. 

La boucle de l'Est
La boucle de l'Est
La boucle de l'Est

Dans le dernier passage, l’escalade dans les blocs est un peu difficile mais la vue du sommet est splendide.

La boucle de l'Est
La boucle de l'Est
La boucle de l'Est
La boucle de l'Est

Des kapokiers, qui résistent dans les rochers, exhibent leurs belles fleurs rouge-orangées aux pétales charnues.Des kapokiers, qui résistent dans les rochers, exhibent leurs belles fleurs rouge-orangées aux pétales charnues.

La boucle de l'EstLa boucle de l'Est
La boucle de l'Est

Nous redescendons par un talweg ombragé qui a creusé le plateau.  Des ombrettes sont perchées dans les arbres. Le guide nos fait passer par deux sources ‘sacrées’ qui sourdent entre les strates de roches.

La boucle de l'EstLa boucle de l'Est

On goûte aussi les fruits du balanites. Aussi appelé dattes du désert, ces drupes verdâtres, oblongues et charnues d'environ deux cm de long, ont un goût sucré qui rappelle un peu les agrumes mais avec plus d’amertume.

 

Retour au village où Henri nous attend pour reprendre la route.

La boucle de l'Est
La boucle de l'Est

On passe Madjoari sans s’arrêter. L’enclave cultivée est relativement réduite et bientôt nous retrouvons la savane arborée qui couvrent les parcs et les réserves. L’entrée du parc de l’Arly témoigne du délabrement de cette structure et laisse présager du peu de moyens disponibles pour lutter contre les braconniers, les incursions des éleveurs et le grignotage du parc par l’agriculture

La boucle de l'Est

Encore une heure de piste défoncée pour atteindre le campement des forestiers qui gardent le parc d’Arly et les vestiges  de ce qui a été le premier hôtel 3 étoiles du Burkina. Nous sommes accueillis par l’unique forestier de permanence sur le parc. Ses collègues et les pisteurs sont partis passer les fêtes ailleurs.

 

Nous nous installons à l’ombre des fromages,  à côté du puits où des fillettes viennent  remplir bidons et bassines à l’aide de la pompe à bras.

La boucle de l'Est
La boucle de l'Est

MD organise un piquenique à base de silure fumée et de carpe grillée que l’on dépiaute avec les mains. En guise d’accompagnement, MD a fait préparer des spaghettis …. Essayez donc de manger des spaghettis avec les mains et après on comparera l’état de chemises !!!!

La boucle de l'Est

Nous mangeons sous le regard envieux d’une vieille guenon cynocéphale qui traîne en liberté dans le campement. Les chiens sont interdits ici. La guenon est donc tolérée  car elle s’avère un gardien très efficace. Le campement est en fait un petit village puisque les agents vivent ici avec leurs familles. Qui dit village,  dit aussi détritus et une petite famille de phacochères erre entre les cases en fouillant les déchets au sol.

Bientôt c’est un éléphant qui traverse le campement sans que les personnes présentes ne s'en émeuvent particulièrement. Il va se mettre à l’ombre dans les fourrés à une quinzaine de mètres de notre table. Impossible de le photographier tant qu’il est dans la végétation mais on pourra l’admirer tout à loisir lorsqu’il ira se désaltérer et se rafraîchir dans la mare en contrebas.

La boucle de l'EstLa boucle de l'Est

On reprend enfin la route vers 15 heures. Dès la sortie du campement nous pouvons observer de nombreux cobs de Buffon et des Phacochères. La proximité des gardes fait que cette zone du parc doit constituer un refuge relativement sur pour ces animaux qui regardent passer notre véhicule sans s'enfuir.

La boucle de l'Est
La boucle de l'Est
La boucle de l'Est

Nous sortons du parc de l’Arli et nous retrouvons des plaines de cultures avec notamment  de nombreux tas de coton. La falaise de Gobnangou est de nouveau visible avec de belles couleurs dorées. Des restes de greniers en terres sont encore visibles dans la falaise, protégés par un surplomb.

La boucle de l'Est
La boucle de l'Est

Depuis Arli la piste est meilleure mais il nous faut encore une bonne heure avant d’atteindre le village de Yobiri, lui aussi construit  au pied de la falaise.

Nous  logeons dans l’éco campement de MD. Le site au pied de la falaise est mignon mais le confort des cases sommaire. Nous sommes bien contents d’en avoir fini avec la voiture !!!!

La boucle de l'Est
La boucle de l'Est
La boucle de l'Est

Pierre et moi nous partons avec Henri et MD jusqu’à la piscine naturelle. C’est en fait une vasque de 2 à 3 mètres de diamètre, cachée au pied d’une faille. Se serait en fait une source d’eau thermale qui remonterait des profondeurs. Il faut grimper dans la falaise en suivant une faille creusée par un torrent de saison des pluies. L’escalade du chaos rocheux est sportif avec, entre autres, des passages sur des troncs d’arbre mort et sur des lianes.

La boucle de l'Est

Au retour, douche froide avant un diner rapide : poulet grillé et haricots en boite. Le campement est électrifié par une installation solaire. Il y a de la lumière toute la nuit. C’est doute le seul lieu public éclairé du village et comme un frigo à gaz garantie d’y trouver de la bière fraiche, le campement est aussi Le bar du coin. Du coup, nous avons droit à deux voisins qui sirotent des bières pendant que leurs portables sonnent sans arrêt et pas de manière discrète !!!

 

Notre nuit sera courte. Marie Claire et moi nous nous réveillons à 3h30. On traîne au lit jusqu’au petit déj à 6 heures. Pierre n’a pas très bien dormi lui non plus. La journée va être longue. La matinée commence par une ballade qui doit nous mener au sommet de la falaise. MD a un peu de mal à se mettre en route. En fait on attend un villageois pour nous guider.  En grimpant un éboulis, une courte marche nous mène aux ruines d’un bâtiment de terre construit sure une vire abritée des pluies par un large surplomb de la falaise.

 

Elles auraient été construites par les premiers habitants de la région : les tankambas que l’on retrouve aussi dans le Nord du Bénin. Enfin, quand je dis les premiers, ce n’est sans doute pas vrai car des études et des fouilles ont montré que les falaises dont le nom en gourmantché signifie : qui rassemble et protège aurait été habité dès la préhistoire.

La boucle de l'Est

Déjà difficile d’accès, facile à protéger et permettant de bien surveiller les environs, le site offre en plus deux alternatives pour fuir en cas d’attaque du bâtiment. A l’arrière d’une des pièces, une toute petite ouverture donne accès, parait-il, à une grande cavité qui n’a pas encore été complétement explorée. Seuls des spéléos confirmés ou des individus de petite taille peuvent s’y faufiler mais les tankambas étaient de petite stature.

La boucle de l'Est
La boucle de l'Est
La boucle de l'Est
La boucle de l'Est

La deuxième alternative était la fuite en escaladant le chaos rocheux dans une étroite faille verticale. L’ascension est rude et le dernier passage particulièrement étroit. Il était donc facile de le condamner, une fois le dernier fuyard passé, en faisant rouler un gros bloc de pierre.  

 

La faille débouche sur le plateau. Là-haut, l’univers est minéral même si quelques arbustes, des graminées et des euphorbes épineuses s’accrochent entre les rochers. Le villageois qui nous accompagne nous montre un petit muret de pierres érigé au sommet d’un gros rocher aux parois verticales. Il s’agit d’un autre vestige de l’habitat des tankambas.

La boucle de l'Est
La boucle de l'Est
La boucle de l'Est

De là-haut la vue sur le village de Yobiri et la plaine de la Tapoa est magnifique. C’est très sympa de voir les concessions d’en haut. Cela permet de mieux comprendre l’organisation de la vie familiale. Les deux grosses concessions sur les photos ci-dessous sont sans doute celles de ministres du roi de Yobiri.

La boucle de l'Est
La boucle de l'Est
La boucle de l'Est
La boucle de l'Est

Descente sur le village où Marie Claire et MD nous attendent au pied d’un gros baobab. Il veille sur une grande dalle tombée de la falaise et creusée par le travail des femmes qui l’utilisaient comme meule pour moudre le mil

La boucle de l'Est
La boucle de l'Est

Nous rendons ensuite visite au roi de Yobiri qui nous reçoit sur son trône de terre. Courte discussion pendant laquelle il n’oublie pas de nous parler de son projet de construction d’une école …. Dehors, le flutiste du roi nous fait une courte démonstration de son art.

 

La boucle de l'Est
La boucle de l'Est
La boucle de l'Est

On rejoint le campement en traversant le joli village de Yobiri. Un vieux tisserand est à l’ouvrage  sur son métier et une femme vanne du mil derrière sa case.

La boucle de l'Est
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La boucle de l'Est
La boucle de l'Est
La boucle de l'Est

Les mimosas sont en fleurs et les jujubiers chargés de fruits.

A notre passage des enfants courent à notre rencontre et cette femme sur sa charrette nous gratifie d’un beau sourire.

La boucle de l'Est
La boucle de l'Est

Nous prenons la route vers 13 heures. Nous avons une heure de piste pour rejoindre Diapaga en passant par Nanomou. La culture du coton est très présente et partout les paysans s’activent pour transporter leur récolte vers les centres d’achat.

 

La boucle de l'Est
La boucle de l'Est

Près de Naounoumou, ce chaos de blocs granitiques témoigne de la complexité géologique du lieu : affleurement de granits, falaise de grès calcaire et cuirasse latéritique … on a pas tout compris !!

 

Arrivés à Diapaga, je file visiter l'usine d'égrenage et saluer les équipes pendant que Marie Claire et Pierre visitent l'intéressant musée de la ville.

 

Ensuite, direction vers le campement de chasse à côté du lac à la sortie de la ville. L’équipe de la Palmeraie de Lilaboundi nous a préparé un super déjeuner avec un superbe capitaine braisé et une succulente pintade sauce rouge. Une bonne surprise nous attend pour finir ce périple : la piste pour Kantchari a été refaite et est devenue très roulante. Du coup le trajet est plus rapide et nous sommes à Fada à 17 h 30. Un peu fatigués mais heureux d’avoir découvert ces beaux paysages. Merci à AFAUDEB (petit clin d’œil à Isabelle), à MD et Henri.

La boucle de l'Est
Tag(s) : #Pama, #Burkina Faso

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