L’un de mes collaborateurs a eu, il y a quelques mois, un bébé. Sa femme travaillant il a recruté une jeune fille comme nounou pour s’en occuper. L’autre jour il reçoit un appel au bureau qui l’a affolé. Un de ses voisins l’informait que la nounou en question avait tenté d’enlever le bébé.  Heureusement, les voisins ont été intrigué de voir la jeune fille quitter le domicile de mon collègue avec le bébé et des valises. Ils n’ont pas cru à l’histoire qu’elle a inventé pour justifier la situation, l’ont bloquée et appelé le père du bébé. Celui-ci a bien évidemment quitté immédiatement le bureau pour rejoindre son domicile. Il a récupéré son enfant. Cette histoire met en évidence :

  1. le fait que la pratique des enlèvements d’enfants qui avait défrayé les chroniques dans les médias ivoiriens et effrayé les mères de famille est toujours d’actualité. Est-ce lié à la proximité des élections ?
  2. la solidarité entre voisins qui s’est heureusement recrée dans les quartiers populaires d’Abidjan, un peu à l'image de ce qui se passe dans les villages

Mais c’est la suite de l’histoire qui m’a estomaqué. Mon collègue, je suppose avec l’aide de ses voisins, a emmené la nounou au commissariat. Normal ! Là, les policiers ont constaté que la jeune fille n’avait pas de pièce d’identité officielle. Elle n’a pu présenter que la photocopie d’un extrait d’acte de naissance que les policiers ont estimé contrefait. Ils ont expliqué qu’il y avait des réseaux bien organisés mais qu’ils ne pouvaient rien faire et ils ont laissé la jeune fille repartir. Hé oui, je dis bien : les policiers ont laissé filer une jeune fille prise en flagrant délit de tentative d’enlèvement d’enfant et porteuse de papiers d’identité supposés faux sans même un début d’enquête !!!!!!…. Brigadier Sabary !!!

 

Une autre collègue présente dans le bureau lorsque mon collaborateur racontait les faits, l'a sermonné. Pourquoi donc s’est-il rendu au commissariat de police et non pas à la gendarmerie! Et de raconter, à l’appui de ses dires, une histoire qui est survenue à sa mère il y a quelques mois. Celle-ci a trouvé, un soir, une jeune fille de 13-14 ans visiblement perdue dans la rue. Elle s’est approchée d’elle pour l’aider (là aussi, bravo Madame) et a appris que cette jeune fille avait été envoyée par ses parents dans la capitale pour travailler comme bonne et qu’elle était tombée sur une maquerelle qui l’avait enfermé dans une villa et la prostituait. Elle venait de réussir à s’échapper. La dame s’est rendue au commissariat le plus proche avec la jeune fille et, là aussi, les policiers ont répondu qu’ils ne pouvaient rien faire !!! La brave dame a donc dû s’organiser pour héberger la jeune fille pour la nuit avant d’aller le lendemain voir la Gendarmerie. Celle-ci a heuresement diligenté une enquête et a rapidement retrouvé la maison dans laquelle la jeune fille avait été enfermée. Elle a arrêté la maquerelle qui doit être aujourd'hui à la MACA (Maison d'Arrêt Centrale dAbidjan et a libéré d’autres jeunes filles.

En tant qu’hôte de la Côte d’Ivoire, je me garderais d’exprimer ici un commentaire sur les forces de police ivoirienne …. Je laisse à chacun d’entre vous la liberté de vous faire votre opinion.

Autre faits encore plus dramatiques. On m’a rapporté que trois pisteurs ont été récemment attaqués en brousse. Les pisteurs sont les agents commerciaux des acheteurs de cacao et des coopératives. Leur rôle consiste à parcourir la brousse de village en village pour acheter le cacao aux planteurs.Ils ont une zone d’activité bien définie et ils sont bien connus des villageois. Pour convaincre les producteurs de leur vendre leur cacao à eux plutôt qu’à un concurrent, ils payent les fèves sur place. Ils se déplacent donc souvent avec de fortes sommes d’argent sur eux; surtout depuis le début de la grande traite en Octobre. Ce qui attise les convoitises. Les trois agressions ont eu lieu, encore et toujours, dans la région de Fresco et les trois pisteurs en question ont été froidement abattus par leurs agresseurs. Le premier avait cinquante millions de CFA sur lui et les deux autres, une vingtaine de millions. Ils avaient sans doute été suivis par des complices des agresseurs dès leur sortie de la banque. Cette insécurité récurrente constitue un sacré frein au développement des activités économiques en milieu rural. Pour tenter d’y remédier nous incitons les coopératives à payer les planteurs par mobile banking. Mais, outre les réticences psychologiques (un solde qui s’affiche sur l’écran d’un téléphone n’a pas le même attrait que des billets de banque dans la poche) ce service a un coût pour les planteurs qui payent des frais élevés lorsqu’ils récupèrent leur argent en cash. Bref on n'a pas encore la solution !

Pour finir sur une note plus réjouissante, Rosalie, la femme qui vient faire le ménage chez moi, vient de retrouver un toit. Elle devait quitter son ancien logment à Williamsville car le propriétaire voulait faire des travaux pour agrandir le bâtiment et pouvoir le louer à une clientèle plus aisée. Il a quand même laissé un préavis de un mois mais Rosalie a eu du mal à trouver. Elle voulait rester dans le même quartier qui est proche du centre. Elle a trouvé au lendemain de l'échéane : 60 000 CFA/mois, un peu plus de 90 euros pour deux pièces. Elle a du débourséer 3 mois de caution, 2 mois de loyers d'avance et 1 mois de loyer comme frais d'agence. Une jolie somme en comparaison avec son salaire.

Tag(s) : #Côte d'Ivoire

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